- Arrêt du 21 février 2014

21/02/2014 - C.13.0277.F

Jurisprudence

Résumé

Sommaire 1
N’est, en principe, pas nouveau le moyen qui critique un motif que le juge donne à l’appui de sa décision (1). (1) Cass., 4 novembre 2011, RG C.09.0130.F, Pas., 2011, n° 595.

Arrêt - Texte intégral

N° C.13.0277.F

1. AU FIL DES JOURS, société privée à responsabilité limitée dont le siège social est établi à Wavre, rue de Nivelles, 71,

2. P. D. F. D. L.,

3. B. B.,

demandeurs en cassation,

représentés par Maître Paul Alain Foriers, avocat à la Cour de cassation, dont le cabinet est établi à Bruxelles, avenue Louise, 149, où il est fait élection de domicile,

contre

1. AXA BELGIUM, société anonyme venant aux droits et obligations de la société anonyme Winterthur Europe Assurances, dont le siège social est établi à Watermael-Boitsfort, boulevard du Souverain, 25,

2. INSTITUT DE LA PROVIDENCE, association sans but lucratif dont le siège est établi à Wavre, rue de Nivelles, 52,

défenderesses en cassation,

représentées par Maître Michèle Grégoire, avocat à la Cour de cassation, dont le cabinet est établi à Bruxelles, avenue Louise, 480, où il est fait élection de domicile,

en présence de

1. F. D.,

2. F. D.,

3. AXA BELGIUM, société anonyme venant aux droits et obligations de la société anonyme Axa Royale Belge, dont le siège social est établi à Watermael-Boitsfort, boulevard du Souverain, 25,

4. KBC ASSURANCES, société anonyme dont le siège social est établi à Louvain, Professor Roger Van Overstraetenplein, 2,

parties appelées en déclaration d'arrêt commun.

I. La procédure devant la Cour

Le pourvoi en cassation est dirigé contre l'arrêt rendu le 17 décembre 2012 par la cour d'appel de Bruxelles.

Le conseiller Marie-Claire Ernotte a fait rapport.

L'avocat général Thierry Werquin a conclu.

II. Les moyens de cassation

Les demandeurs présentent deux moyens libellés dans les termes suivants :

Premier moyen

Dispositions légales violées

- articles 34, § 2, alinéa 1er, 35, § 4, et 86 de la loi du 25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre ;

- articles 1319, 1320 et 1322 du Code civil.

Décisions et motifs critiqués

Après avoir constaté que les sinistres sont survenus les 21 mai et

30 juin 1999, l'arrêt relève l'absence d'un acte interruptif de prescription dans le cadre du droit propre de la personne lésée contre l'assureur du responsable et déclare, par conséquent, prescrite la demande formée par les demandeurs contre la première défenderesse, en qualité d'assureur en responsabilité civile de la seconde défenderesse, par citation signifiée le 19 juillet 2004.

L'arrêt fonde sa décision sur les motifs qu'il indique sous le titre « La demande d'intervention auprès de l'assureur », considérés ici comme intégralement reproduits, et plus particulièrement sur les considérations suivantes :

« Les [demandeurs] affirment que leur demande d'intervention auprès des compagnies d'assurances a pour effet d'interrompre la prescription en vertu de l'article 35, § 4, de la loi du 25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre.

Cet article dispose que ‘la prescription de l'action visée à l'article 34, § 2, est interrompue dès que l'assureur est informé de la volonté de la personne lésée d'obtenir l'indemnisation de son préjudice. Cette interruption cesse au moment où l'assureur fait connaître par écrit, à la personne lésée, sa décision d'indemnisation ou son refus'. L'article 34, § 2, visé ci-dessus concerne la prescription de cinq ans de l'action résultant du droit propre dont dispose la personne lésée contre l'assureur du responsable.

Les [demandeurs] n'établissent cependant pas avoir interpellé directement l'assureur des tiers responsables pour obtenir l'indemnisation de leur préjudice, alors qu'il faut que la personne lésée manifeste son intention d'obtenir le paiement de l'indemnité pour que la prescription de l'action directe soit immédiatement interrompue ; si aucune forme n'est prescrite, la victime sera néanmoins attentive à se réserver un moyen de preuve [...]. Les lettres que [le demandeur] a adressées directement à l'Institut de la Providence les 21 mai, 12 juin et 1er juillet 1999 ne sont pas interruptives de la prescription au sens de l'article 35, § 4, de la loi du 25 juin 1992.

Aucune pièce soumise à la cour [d'appel] par les parties n'atteste de l'interpellation de l'assureur adverse par la personne lésée pour obtenir la réparation de son préjudice.

S'il est vrai que la compagnie d'assurances Winterthur a écrit, le

11 août 1999, à l'exploitante de la société ‘Au Fil des jours', elle n'a pas été informée par celle-ci de sa volonté d'être indemnisée mais semble avoir été mise au courant de la situation par son assurée elle-même, [la seconde défenderesse], à la suite du fax du 9 août 1999 de l'expert R.

L'information par cette dernière, présumée responsable, à son assureur du contenu de ce fax ne saurait constituer l'expression de la manifestation de la volonté de la personne lésée d'obtenir l'indemnisation de son préjudice, au sens de l'article 35, § 4, de la loi du 25 juin 1992.

Aucun acte interruptif de prescription ne peut donc être retenu à l'égard de l'assureur du présumé responsable ».

Griefs

Première branche

1. En vertu de l'article 34, § 2, alinéa 1er, de la loi du 25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre, l'action résultant du droit propre que la personne lésée possède contre l'assureur en vertu de l'article 86 se prescrit par cinq ans à compter du fait générateur du dommage ou, s'il y a infraction pénale, à compter du jour où celle-ci a été commise.

En vertu de l'article 35, § 4, de cette loi, la prescription de l'action résultant du droit propre que la personne lésée possède contre l'assureur du responsable est interrompue dès que l'assureur est informé de la volonté de la personne lésée d'obtenir l'indemnisation de son préjudice et cette interruption cesse au moment où l'assureur fait connaître par écrit, à la personne lésée, sa décision d'indemnisation ou son refus.

Cette disposition ne pose aucune exigence de forme quant à la manière dont l'assureur doit être informé de la volonté de la personne lésée d'être indemnisée.

Elle requiert uniquement que l'assureur soit informé de la volonté de la personne lésée d'obtenir l'indemnisation de son préjudice et n'implique pas que l'information vienne de la personne lésée elle-même. L'assureur peut aussi être informé par l'assuré mis en cause par la personne lésée.

Il n'est en outre pas nécessaire que l'assureur soit informé de la volonté de la personne lésée d'exercer précisément l'action visée à l'article 86 de la loi. Une information concernant la procédure judiciaire diligentée contre l'assuré par la personne lésée peut donc suffire.

2. L'arrêt constate que la seconde défenderesse a informé son assureur, la première défenderesse, du contenu du fax du 9 août 1999 de l'expert R. et que la première défenderesse « a écrit, le 11 août 1999, à l'exploitante de la société ‘Au Fil des jours' ».

Il ressort en outre des pièces auxquelles la Cour peut avoir égard que la première défenderesse a assisté à l'intégralité de la procédure d'expertise, ainsi qu'en atteste le rapport d'expertise.

L'arrêt considère toutefois :

- que les demandeurs n'établissent pas avoir interpellé directement l'assureur des tiers responsables pour obtenir l'indemnisation de leur préjudice ; qu'aucune pièce soumise à la cour [d'appel] par les parties n'atteste de l'interpellation de l'assureur adverse par la personne lésée pour obtenir réparation de son préjudice ;

- que les lettres que [le demandeur] a adressées directement à la seconde défenderesse les 21 mai, 12 juin et 1er juillet 1999 ne sont pas interruptives de la prescription ;

- que, s'il est vrai que la première défenderesse a écrit, le 11 août 1999, à l'exploitante de la société ‘Au Fil des jours', elle n'a pas été informée par celle-ci de sa volonté d'être indemnisée mais semble avoir été mise au courant de la situation par son assurée elle-même, la seconde défenderesse, à la suite du fax du 9 août 1999 de l'expert R. ; l'information par cette dernière, présumée responsable, à son assureur du contenu de ce fax ne saurait constituer l'expression de la manifestation de la volonté de la personne lésée d'obtenir l'indemnisation de son préjudice au sens de l'article 35, § 4, de la loi du 25 juin 1992.

3. L'arrêt considère ainsi que la prescription de l'action résultant du droit propre que la personne lésée possède contre l'assureur du responsable en vertu de l'article 86 de la loi sur le contrat d'assurance n'est pas interrompue par le simple fait que l'assureur a été informé de la volonté de la personne lésée d'obtenir une indemnisation pour le dommage qu'elle a subi si cette information ne vient pas de la personne lésée elle-même mais de l'assuré mis en cause par la personne lésée.

En considérant sur cette base que la prescription de l'action des demandeurs résultant du droit propre que la personne lésée possède contre l'assureur du responsable en vertu de l'article 86 de la loi sur le contrat d'assurance n'a pas été interrompue alors qu'il suffisait que l'assureur ait été informé de la volonté des demandeurs d'obtenir l'indemnisation de leur dommage pour que cette prescription soit interrompue, les juges d'appel n'ont pas légalement justifié leur décision (violation des articles 34, § 2, alinéa 1er, 35, § 4, et 86 de la loi du 25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre).

Seconde branche

1. Les articles 1319, 1320 et 1322 du Code civil interdisent au juge de méconnaître la foi due aux actes sur lesquels il fonde sa décision.

Le juge viole la foi due à un acte s'il donne de cet acte une interprétation qui est inconciliable avec ses termes et sa portée. Tel est le cas si le juge décide que l'acte contient une affirmation qui ne s'y trouve pas ou s'il refuse de lui attribuer une affirmation qui s'y trouve.

2. Par une lettre du 20 septembre 1999, adressée à l'expert H. mais dont copie a été réservée notamment au conseil de la première défenderesse, le conseil des demandeurs a insisté « tout particulièrement auprès des parties adverses et de leurs assureurs afin que ceux-ci libèrent sans délai ce qu'ils considèrent comme un incontestablement dû ».

Il résulte de cette lettre, soumise à la cour d'appel, que les demandeurs ont interpellé la première défenderesse pour obtenir l'indemnisation de leur préjudice.

Or, l'arrêt relève que « [les demandeurs] n'établissent cependant pas avoir interpellé directement l'assureur des tiers responsables pour obtenir l'indemnisation de leur préjudice, alors qu'il faut que la personne lésée manifeste son intention d'obtenir le paiement de l'indemnité pour que la prescription de l'action directe soit immédiatement interrompue [...] ; qu'aucune pièce soumise à la cour [d'appel] par les parties n'atteste de l'interpellation de l'assureur adverse par la personne lésée pour obtenir la réparation de son préjudice ».

L'arrêt fonde sa décision sur l'ensemble des pièces soumises à la cour d'appel par les parties, y compris donc la lettre du 20 septembre 1999 du conseil des demandeurs.

En considérant qu' « aucune pièce soumise à la cour [d'appel] par les parties n'atteste de l'interpellation de l'assureur adverse par la personne lésée pour obtenir la réparation de son préjudice », alors qu'il résulte de la lettre du 20 septembre 1999, soumise à la cour d'appel et sur laquelle celle-ci se fonde, que les demandeurs ont interpellé la première défenderesse pour obtenir l'indemnisation de leur préjudice, l'arrêt refuse de lire dans cette lettre une énonciation qui s'y trouve et donne dès lors de celle-ci une interprétation inconciliable avec ses termes et, partant, viole la foi qui lui est due (violation des articles 1319, 1320 et 1322 du Code civil).

Second moyen

Dispositions légales violées

- article 149 de la Constitution ;

- articles 2 et 2262bis, § 1er, alinéa 2, du Code civil ;

- principe général du droit suivant lequel les lois nouvelles n'ont pas d'effet rétroactif mais s'appliquent, en règle, immédiatement aux effets futurs des situations antérieures pour autant que cette application ne porte pas atteinte à des droits irrévocablement acquis ;

- article 35, § 3bis, de la loi du 25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre, inséré par l'article 9 de la loi du 22 août 2002, entrée en vigueur le 19 janvier 2003 ;

- articles 9 et 13 de la loi du 22 août 2002 portant diverses dispositions relatives à l'assurance obligatoire de la responsabilité en matière de véhicules automoteurs.

Décisions et motifs critiqués

Après avoir relevé l'absence d'un acte interruptif de prescription, tant dans le cadre du droit propre de la personne lésée contre l'assureur du responsable que dans le cadre de l'action en responsabilité exercée par la personne lésée contre l'auteur du dommage, l'arrêt écarte en toute hypothèse l'application de l'article 35, § 3bis, de la loi du 25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre et décide que, compte tenu de la date des sinistres

(21 mai et 30 juin 1999), les demandes formées par les demandeurs à l'encontre des parties défenderesses étaient prescrites au moment de la citation qui leur a été signifiée le 19 juillet 2004.

L'arrêt fonde sa décision sur les motifs qu'il indique sous le titre « La demande d'intervention auprès de l'assureur », considérés ici comme intégralement reproduits, et plus particulièrement sur les considérations suivantes :

« C'est à tort que les [demandeurs] invoquent encore l'application de l'article 35, § 3bis, de la loi du 25 juin 1992.

Cette disposition énonce que ‘l'interruption de la prescription de l'action de la personne lésée contre un assuré entraîne l'interruption de la prescription de son action contre l'assureur' et vice versa.

Outre l'absence, en l'espèce, d'un acte interruptif de prescription, tant dans le cadre du droit propre de la personne lésée contre l'assureur du responsable que dans le cadre de l'action en responsabilité exercée par celle-ci contre l'auteur du dommage, il convient de relever que l'article 35, § 3bis, n'a été inséré dans la loi du 25 juin 1992 que par la loi du 22 août 2002, entrée en vigueur le 19 janvier 2003.

Cette loi, qui crée une nouvelle cause d'interruption de la prescription, ne saurait conférer à un acte accompli sous l'empire de la loi ancienne l'effet, que cette loi ne lui attribue pas, d'interrompre la prescription en cours ».

Griefs

1. Conformément à l'article 2262bis, § 1er, alinéa 2, du Code civil, inséré par la loi du 10 juin 1998, les actions en réparation d'un dommage fondées sur une responsabilité extracontractuelle se prescrivent par cinq ans à partir du jour qui suit celui où la personne lésée a eu effectivement connaissance du dommage ou de son aggravation et de l'identité de la personne responsable.

En vertu de l'article 35, § 3bis, de la loi du 25 juin 1992, inséré par la loi du 22 août 2002 et entré en vigueur le 19 janvier 2003 (article 13), l'interruption ou la suspension de la prescription de l'action de la personne lésée contre l'assureur entraîne l'interruption ou la suspension de la prescription de son action contre l'assuré.

2. En vertu du principe général du droit visé au moyen, consacré par l'article 2 du Code civil, suivant lequel la loi n'a point d'effet rétroactif, une loi nouvelle est, en règle, applicable à des situations nées postérieurement à son entrée en vigueur et aux effets futurs de situations nées sous l'empire de l'ancienne loi qui se produisent ou se poursuivent sous l'empire de la nouvelle loi, pour autant que cette application ne porte pas atteinte à des droits irrévocablement fixés.

Conformément à ce principe, la loi du 22 août 2002, qui prévoit une cause d'interruption ou de suspension de la prescription de l'action de la personne lésée à l'égard de l'assuré qui ne figure pas dans la loi applicable au moment de la naissance de l'action, est applicable à cette prescription à compter de son entrée en vigueur le 19 janvier 2003, pour autant qu'à cette date cette action ne soit pas encore prescrite en vertu de la loi ancienne.

3. Il s'ensuit que l'arrêt, qui écarte l'application de l'article 35, § 3bis, de la loi du 25 juin 1992 au seul motif qu'il n'a été inséré dans la loi du 25 juin 1992 que par la loi du 22 août 2002, entrée en vigueur le 19 janvier 2003, et que cette loi, qui crée une nouvelle cause d'interruption de la prescription, ne saurait conférer à un acte accompli sous l'empire de la loi ancienne l'effet, que cette loi ne lui attribue pas, d'interrompre la prescription en cours, sans constater qu'à la date de l'entrée en vigueur de la loi du 22 août 2002 (le

19 janvier 2003), l'action de la partie lésée contre l'assuré était déjà prescrite conformément à l'article 2262bis, § 1er, alinéa 2, du Code civil, ne justifie pas légalement sa décision (violation du principe général du droit visé au moyen et des articles 2, 2262bis, § 1er, alinéa 2, du Code civil, 35, § 3bis, de la loi du

25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre, 9 et 13 de la loi du 22 août 2002 portant diverses dispositions relatives à l'assurance obligatoire de la responsabilité en matière de véhicules automoteurs).

À tout le moins, à défaut de comporter dans ses motifs les éléments permettant d'apprécier si l'action de la partie lésée contre la [seconde] défenderesse était déjà prescrite conformément à l'article 2262bis, § 1er, alinéa 2, du Code civil, l'arrêt ne permet pas à la Cour d'exercer son contrôle de légalité et n'est dès lors pas régulièrement motivé (violation de l'article 149 de la Constitution).

III. La décision de la Cour

Sur le premier moyen :

Quant à la première branche :

Sur la fin de non-recevoir opposée au moyen, en cette branche, par les défenderesses et déduite de sa nouveauté :

Le moyen, en cette branche, critique les motifs de l'arrêt qui, pour décider qu'aucun acte interruptif de prescription ne peut être retenu à l'égard de la première défenderesse, assureur de la seconde défenderesse, considère que celle-ci n'a pas été informée de la volonté de la personne lésée d'obtenir la réparation de son préjudice.

N'est, en principe, pas nouveau le moyen qui critique un motif que le juge donne à l'appui de sa décision.

La fin de non-recevoir ne peut être accueillie.

Sur le fondement du moyen, en cette branche :

En vertu de l'article 34, § 2, alinéa 1er, de la loi du 25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre, l'action résultant du droit propre que la personne lésée possède contre l'assureur en vertu de l'article 86 se prescrit par cinq ans à compter du fait générateur du dommage ou, s'il y a infraction pénale, à compter du jour où celle-ci a été commise.

L'article 35, § 4, de cette loi dispose que la prescription de cette action est interrompue dès que l'assureur est informé de la volonté de la personne lésée d'obtenir l'indemnisation de son préjudice et que cette interruption cesse au moment où l'assureur fait connaître par écrit, à la personne lésée, sa décision d'indemnisation ou son refus.

Cette disposition ne réserve pas l'effet interruptif de la prescription qu'elle prévoit à l'information fournie à l'assureur par la personne lésée elle-même.

L'arrêt constate que « [la première défenderesse] n'a pas été informée par [la première demanderesse] de sa volonté d'être indemnisée mais semble avoir été mise au courant de la situation par son assurée elle-même, [la seconde défenderesse], à la suite du fax du 9 août 1999 de l'expert R. », conseil technique des demandeurs.

L'arrêt relève encore que « l'expert technique de [la première défenderesse] [a], dans sa lettre du 21 septembre 1999 adressée à l'expert judiciaire », commenté le fax précité de l'expert R.

L'arrêt, qui reconnaît que la première défenderesse a été informée par son assurée, à la réception du fax du 9 août 1999, de la volonté des demandeurs d'obtenir dès ce moment la prise en charge des frais de nettoyage du magasin sinistré, mais considère qu' « aucun acte interruptif de prescription ne peut [...] être retenu à l'égard de l'assureur du présumé responsable » au motif que « [les demandeurs] n'établissent [...] pas avoir interpellé directement l'assureur des tiers responsables pour obtenir l'indemnisation de leur préjudice », viole les dispositions légales précitées.

Le moyen, en cette branche, est fondé.

Sur le second moyen :

Sur la fin de non-recevoir opposée au moyen par les défenderesses et déduite de sa nouveauté :

Le moyen critique les motifs de l'arrêt qui, après avoir constaté l'absence d'un acte interruptif de prescription de l'action directe de la personne lésée contre l'assureur, rejette en outre l'application de l'article 35, § 3bis, de la loi du 25 juin 1992, par la considération que, créant une nouvelle cause d'interruption de la prescription, il ne saurait conférer à un acte accompli sous l'empire de la loi ancienne l'effet, que cette loi ne lui attribue pas, d'interrompre la prescription en cours.

N'est, en principe, pas nouveau le moyen qui critique un motif que le juge donne à l'appui de sa décision.

La fin de non-recevoir ne peut être accueillie.

Sur le fondement du moyen :

En vertu de l'article 2262bis, § 1er, alinéa 2, du Code civil, l'action en réparation d'un dommage fondée sur une responsabilité extracontractuelle se prescrit par cinq ans à partir du jour qui suit celui où la personne lésée a eu effectivement connaissance du dommage ou de son aggravation et de l'identité de la personne responsable.

Selon l'article 35, § 3bis, de la loi du 24 juin 1992, inséré par la loi du 22 août 2002 et entré en vigueur le 19 janvier 2003, l'interruption ou la suspension de la prescription de l'action de la personne lésée contre l'assureur entraîne l'interruption ou la suspension de la prescription de son action contre l'assuré et inversement.

En vertu du principe général du droit de la non-rétroactivité des lois, consacré par l'article 2 du Code civil, une loi nouvelle est en principe applicable aux situations nées postérieurement à son entrée en vigueur et aux effets futurs de situations nées sous l'empire de la loi ancienne qui se produisent ou se prolongent sous l'empire de la loi nouvelle, pour autant que cette application ne porte pas atteinte à des droits déjà irrévocablement fixés.

En conformité de ce principe, auquel la loi du 25 juin 1992 ne déroge pas sur ce point, l'article 35, § 3bis, de cette loi, qui crée une nouvelle cause d'interruption de la prescription de l'action de la personne lésée contre l'assuré, par le fait de l'interruption de la prescription de son action contre l'assureur, est applicable, dès son entrée en vigueur le 19 janvier 2003, à la prescription en cause lorsque l'interruption résulte d'un acte contre l'assureur qui s'est produit sous l'empire de la loi ancienne et dont les effets se prolongent sous l'empire de la loi nouvelle, pour autant que l'action de la personne lésée contre l'assuré ne soit pas encore prescrite à ce moment.

L'arrêt, qui rejette l'application de l'article 35, § 3bis, de la loi au seul motif que cette disposition « ne saurait conférer à un acte accompli sous l'empire de la loi ancienne l'effet, que cette loi ne lui attribue pas, d'interrompre la prescription en cours », sans examiner si, au moment de son entrée en vigueur, l'action contre l'assuré était déjà prescrite et si l'interruption était toujours en cours, viole la disposition ainsi que le principe général du droit précités.

Le moyen est fondé.

Il n'y a pas lieu d'examiner la seconde branche du premier moyen, qui ne saurait entraîner une cassation plus étendue.

Et les demandeurs ont intérêt à ce que l'arrêt soit déclaré commun aux parties appelées à la cause devant la Cour à cette fin.

Par ces motifs,

La Cour

Casse l'arrêt attaqué, sauf en tant qu'il reçoit l'appel ;

Déclare le présent arrêt commun à F. D., F. D., la société anonyme Axa Belgium et la société anonyme KBC Assurances ;

Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l'arrêt partiellement cassé ;

Réserve les dépens pour qu'il soit statué sur ceux-ci par le juge du fond ;

Renvoie la cause, ainsi limitée, devant la cour d'appel de Mons.

Ainsi jugé par la Cour de cassation, première chambre, à Bruxelles, où siégeaient le président Christian Storck, les conseillers Didier Batselé, Mireille Delange, Michel Lemal et Marie-Claire Ernotte, et prononcé en audience publique du vingt et un février deux mille quatorze par le président Christian Storck, en présence de l'avocat général Thierry Werquin, avec l'assistance du greffier Patricia De Wadripont.

P. De Wadripont M.-Cl. Ernotte M. Lemal

M. Delange D. Batselé Chr. Storck

Mots libres

  • Nouveauté

  • Moyen critiquant un motif que le juge donne à l'appui de sa décision